Expérimenter les humanités numériques Des outils individuels aux projets collectifs
  • Étienne Cavalié
  • Frédéric Clavert
  • Olivier Legendre
  • Dana Martin
Chapitre 5

La création d’une base de données théâtrales

  • Luisa Giari Sich

Chapitre uniquement disponible dans la version numérique augmentée de cet ouvrage.

Des projets d’étude très vastes, qui se révèlent de plus en plus complexes au cours des recherches, constituent de très bonnes occasions pour mettre à l’épreuve les nouvelles possibilités offertes par les outils informatiques. Ainsi, au cours de notre thèse de doctorat en civilisation italienne du XVIIIe siècle [1], nous avons été amenés à remettre en question la méthode de travail traditionnelle : il s’agissait de déterminer l’importance du phénomène des traductions dans le contexte théâtral vénitien, un contexte double, car on considérait à la fois les pièces publiées et celles mises en scène, ce qui n’avait jamais été étudié de façon systématique, sur une quantité importante de données.

Ce chapitre relate donc l’expérience de création de la base de données qui a servi à analyser les quelques milliers d’informations concernant cette recherche (les pièces jouées dans les théâtres vénitiens, les compagnies d’acteurs actives à l’époque, les pièces françaises traduites, publiées ou mises en scène, etc.), et il vise à mettre en évidence l’approche pratique et théorique qui nous a permis de mener à bien ce projet.

Or, comme les obstacles posés par le sujet ont été franchis grâce au travail d’équipe de trois spécialistes (un chercheur sur le théâtre et la traduction, un linguiste et un informaticien, spécialisés en linguistique computationnelle [2]), l’expérience de ce partage de compétences pourra montrer que l’application des technologies numériques aux sciences humaines et sociales est réellement à la portée de tous les chercheurs disposés à s’ouvrir, à réfléchir et à échanger sur leur mode de travail.

Les problèmes initiaux

Lorsqu’on étudie le théâtre vénitien de la seconde moitié du XVIIIe siècle, par le biais des pièces originales et de leurs préfaces, des journaux contemporains et de toute autre source d’époque, on est frappé par la grande vitalité et par la complexité de ce monde, aussi bien dans sa réalité théâtrale que sur le plan du débat intellectuel, en lien étroit avec la culture des Lumières. Qui plus est, en abordant le sujet des « traductions théâtrales », on se trouve à l’intersection de trois ensembles conceptuels distincts. En premier lieu, la traduction d’une pièce peut être considérée comme un livre, en raison de son existence matérielle d’œuvre éditée : d’où la nécessité de prendre en compte le contexte de la circulation éditoriale, de l’impact de la censure et les dynamiques du monde de l’édition. D’autre part, la traduction peut être considérée comme une œuvre représentée, parce qu’elle est un spectacle potentiel ou effectif. Cette perspective conduit à étudier les théâtres vénitiens, l’activité et la présence des compagnies et des acteurs, ainsi que les attentes des spectateurs. Enfin, la traduction théâtrale existe aussi en tant qu’œuvre intellectuelle de traduction et devra être analysée par rapport au débat contemporain sur la traduction, à la personne du traducteur (biographie, formation, œuvre, etc.), et aux attentes du public des lecteurs.

À cette coexistence de plans superposés dans l’objet même de l’étude s’ajoute le problème des sources documentaires très hétérogènes. Il fallait faire face à une multitude de documents anciens, à savoir non seulement les préfaces des éditions et des recueils, les articles et les recensions de journaux, mais aussi les mémoires, les études biographiques, les correspondances et, enfin, deux sources inédites, aussi intéressantes que singulières, les Notatorj du patrice vénitien Pietro Gradenigo et le Squarzo degli utili du théâtre Vendramin à San Luca. Les Notatorj sont une chronique manuscrite sur la vie vénitienne entre 1748 et 1774 : outre des références à la glorieuse histoire de Venise, son auteur donne des informations concrètes, quotidiennes, touchant les divers aspects de la vie et de la société vénitienne, y compris les spectacles annoncés dans les différents théâtres de la Dominante, avec parfois des commentaires sur le succès de certaines pièces. L’autre source, le Squarzo degli utili du célèbre théâtre des nobles Vendramin, dans la paroisse vénitienne de San Luca, est un cahier manuscrit qui contient des notes sur la comptabilité des spectacles. Ce n’est pas un catalogue systématique de pièces théâtrales, mais essentiellement un livre de comptes manuscrit sur l’activité de la compagnie du théâtre pour la période de 1758 à 1770 ; les titres des pièces mises en scène sont abrégés, et parfois la désignation d’une même pièce change d’une saison à l’autre.

L’ensemble de cette documentation, aussi riche que variée, s’est révélé très difficilement exploitable sans faire appel à un outil qui peut aider à la consulter de manière rapide et fiable, pour répondre à différents types d’interrogations.

Une démarche fructueuse : linguistique computationnelle et bases de données

Ayant eu l’occasion de connaître les nouvelles typologies d’études linguistiques et littéraires liées à la linguistique computationnelle, nous nous sommes adressés à l’ILC, Istituto di Linguistica Computazionale « A. Zampolli », du CNR de Pise pour explorer les possibilités offertes par cette nouvelle branche des sciences humaines et sociales [3]. C’est ainsi que l’idée d’une base de données théâtrales est née et s’est développée. Après avoir essayé plusieurs types d’applications, nous avons finalement choisi la base de données informatique TECA ([thèke, récipient en grec), un logiciel de catalogage bibliographique, version italienne du logiciel CDS/ISIS pour Windows, WINISIS.

Zoom sur le logiciel CDS/ISIS

CDS/ISIS est un logiciel de stockage et de récupération de l’information, en particulier non numérique. Il a été développé par l’UNESCO depuis 1985 pour satisfaire la demande exprimée par beaucoup d’institutions, spécialement dans les pays en voie de développement, et ainsi les aider dans la mise en place de leurs activités de traitement de l’information par des technologies modernes et relativement peu coûteuses.
La version qui a été utilisée pour cette étude est celle pour Windows, appelée WINISIS [4].
Depuis quelques années, l’UNESCO ne développe plus en interne ce logiciel. Cependant, la communauté CDS/ISIS a continué certains développements. En particulier les logiciels Open Source suivants :
- ABCD, un logiciel de gestion de bibliothèque en ligne,
- J-Isis, une version moderne du logiciel WINISIS, orientée Client Serveur et Web, mais qui fonctionne également en « solo ».
Ce dernier remplace CDS/ISIS et est compatible 64 bits. Écrit en Java, il permet de créer des solutions Client Serveur et Web et d’importer les anciennes bases de données WINISIS [5].
La base de données de cette étude devrait être importée vers ce logiciel, en vue d’une mise en ligne.

La première étape du travail a consisté à définir les questions auxquelles nous voulions répondre en interrogeant les données.

Formuler des questions précises pour obtenir des réponses pertinentes

Nous avons souvent le sentiment que les outils informatiques peuvent faire des prodiges : on numérise un texte, « l’ordinateur y travaille » et, ensuite, on peut interroger l’application qui produit des réponses. En réalité, une base de données n’est en mesure de répondre qu’aux questions anticipées et configurées par son créateur.

Ainsi, les masques de saisie que nous utilisons quotidiennement pour poser nos questions sont autant d’interfaces qui, de fait, nous orientent vers certains choix d’interrogation, invitent certaines questions et en excluent d’autres. Si nous ne respectons pas la configuration, le système ne répondra pas de manière pertinente. Un exemple banal : une recherche dans le catalogue en ligne d’une bibliothèque donnera des résultats satisfaisants à condition d’utiliser correctement le formulaire proposé, en insérant par exemple un mot du titre de l’œuvre que nous recherchons dans la fenêtre de recherche « TITRE » et non pas dans le champ « AUTEUR ». Les informations contenues dans la base de données des livres d’une bibliothèque ont été saisies de manière à pouvoir être récupérées suivant une certaine structure, pas n’importe laquelle. Pour notre base de données théâtrales, il fallait donc décider comment structurer les informations.

La question fondamentale de notre recherche étant le rôle du théâtre français traduit à Venise dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, nous devions signaler les traductions dans le répertoire théâtral, indiquer l’œuvre source et son auteur, créer des liens vers les auteurs, les traducteurs, les compagnies et les acteurs, puis permettre à l’utilisateur de faire des recherches sur des périodes plus ou moins longues, etc. La solution retenue consista à passer du complexe à l’élémentaire : analyser et classifier les informations, identifier les éléments qui les composent, pour pouvoir ensuite les « normaliser ».

La normalisation des données théâtrales

Le rôle d’un concepteur de base de données est de structurer les données de façon à éliminer la duplication superflue et à fournir un chemin de recherche rapide vers toutes les informations nécessaires. Le processus qui consiste à affiner les tables, les clés, les colonnes et les relations pour créer une base de données efficace est désigné par le terme de normalisation. […] La normalisation est un processus complexe avec de nombreuses règles spécifiques et différents niveaux d’intensité. Dans sa définition complète, elle consiste à éliminer les groupes qui se répètent, à minimiser la redondance, à éliminer les clés composites pour la dépendance partielle et à séparer les attributs ne correspondant pas à des clés. En termes simples, les règles de la normalisation peuvent être résumées par une seule phrase : Chaque attribut (colonne) doit être un fait à propos de la clé, la clé entière et rien d’autre que la clé. Chaque table doit décrire un seul type d’entité (tel qu’un individu, un emplacement, une commande client ou un produit.
Microsoft Developer Network, « Normalisation des données [6] ».

Par conséquent, normaliser les données signifie séparer les différentes unités informatives qui composent l’information complexe, par exemple :

information complexe = un roman
unités informatives = AUTEUR : 1-nom ; 2-prénom ; 3-date de naissance ; 4-date de mort.
TITRE : 1-titre principal ; 2-sous-titre ; etc.

Cette décomposition permet de construire une fiche qui contient toutes les unités informatives concernant une et une seule identité, un et un seul individu (par exemple, un individu livre, énième édition d’un certain ouvrage, un individu traduction, énième traduction italienne de telle pièce, ou bien un individu spectacle, dans telle ville, tel théâtre, à telle date, etc.). Une bonne normalisation des données permet de les stocker de façon structurée, d’éviter les répétitions, et d’obtenir des réponses efficaces en phase d’interrogation, grâce aux rapports cohérents établis entre différentes données. La base de données TECA, bien que conçue pour des données bibliographiques, correspondait à la finalité de notre projet.

Le résultat : la fiche base de TECA-THEATRALE

La fiche standard de TECA contient des données normalisées, c’est-à-dire subdivisées en unités d’informations établies selon les critères standards internationaux, utilisés pour cataloguer les ressources bibliographiques : il s’agit de 27 catégories (champs) qui décrivent le document sous ses différents aspects. Nous y trouvons par exemple les informations qui concernent le titre (réunies dans le champ 1), l’édition (champ 2), des caractéristiques matérielles du document (champ 3), etc. Toutefois, ces caractéristiques et qualités ne pouvaient pas être utilisées en l’état : il fallait structurer notre base de données conformément à notre but, qui était de répondre à nos questions sur les différents aspects de l’histoire du théâtre. Ainsi, des champs particuliers ont été activés et soumis à indexation, par exemple celui qui concernait les différentes publications ; d’autres ont été adaptés en fonction de nos besoins, comme le champ « Titre uniforme », qui à l’origine devait contenir le titre codé selon les règles de catalogage du SBN (Système Bibliothécaire National [7]) et que nous avons utilisé pour identifier le titre d’origine de l’œuvre, italien ou étranger.

La conception et l’organisation de la base de données ont représenté un travail fondamental, même s’il s’est avéré un peu long, étant donné que nous ne voulions pas dénaturer TECA par des modifications trop poussées qui l’auraient privée de sa flexibilité standardisée. Mais une fois la normalisation effectuée, toute interrogation réussie fait gagner un temps précieux par rapport à la méthode classique de calcul et de recherches manuelles sur une telle quantité de données. Cet outil de recherche est évolutif, dans l’espace et dans le temps, puisqu’il est possible d’élargir les champs d’investigation à d’autres théâtres, à d’autres villes, mais aussi d’augmenter la période à laquelle se réfèrent les informations théâtrales. Lors d’une consultation en ligne, on peut passer par un simple lien hypertextuel pour parvenir à la photo de la source documentaire ancienne, qui se trouve dans une autre base de données conçue à cet effet.

Grâce à cette flexibilité, TECA a été utilisé de manière à pouvoir rendre compte non seulement des publications des traductions théâtrales italiennes, mais aussi des représentations théâtrales.

Étant donné le caractère disparate de ce matériau ancien, nous avons inséré dans la fiche standard de la base de données tous les types possibles d’informations à disposition, afin de ne pas limiter les possibilités d’interrogation. Cela nous permet à présent d’effectuer plusieurs sortes de recherches : par auteur, titre, éditeur, lieu d’édition, année, genre de pièce, type de représentations, à partir d’un seul ou de plusieurs mots-clés, en utilisant les opérateurs logiques (AND, OR, NOT, etc.).

Voici, par exemple, une extraction partielle de données à partir de la recherche simple par titre « amor $ AND filial $ [8] » :

• FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL
  L’Amor filiale [Pubblicazione a stampa] : Dramma in cinque atti in versi / Fénouillot de Falbaire de Quincey, Charles-Georges. - Venezia : Colombani, 1772. - (Composizioni teatrali moderne tradotte da Elisabetta Caminer Turra. 1772, t.4, vol.2)
Cfr. Santangelo-Vinti 1981
{mfn 000250}
¦ Int. sec.: Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore.
Sogg.: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni italiane. Dramma.

• [FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL]
  L'Amor filiale, o sia la colpa apparente [Rappresentazione teatrale] : Nuova commedia tradotta dal Francese. - Venezia : Teatro S. Luca, carnevale, 4 gennaio 1769
Cfr. Ms. Gradenigo Dolfin (quaderno n°21)
{mfn 000595}
¦ Int. sec.: 1; [ Lapy, Giuseppe. Capocomico della Compagnia del S. Luca]. 2; [Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore].
Sogg.: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni. Commedia. 4. Rappresentazioni teatrali.

• [FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL]
  Amor filiale [Rappresentazione teatrale]. – Venezia : Teatro S. Salvatore (S. Luca), carnevale 1768 - 1769
Cfr. Ms. Squarzo Vendramin: novità, 9 recite.    
{mfn 001861}
¦ Int. sec.: 1; [Lapy, Giuseppe. Capocomico della Compagnia del S. Luca]. 2; [Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore].
Sogg.: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni. Commedia. 4. Rappresentazioni teatrali.

Avant d’examiner la signification de cette structure et de ses variations, quelques observations s’imposent sur l’alternance des langues, à l’intérieur de la fiche. Dans les premiers champs de la fiche standard, il existe souvent une alternance entre le français et l’italien, entre le titre de l’œuvre d’origine, en français, et le titre de la traduction de l’œuvre en italien : cette opposition sert à souligner le rapport de dérivation œuvre/traduction et accomplit une fonction d’identification immédiate des traductions sœurs du même ouvrage. D’ailleurs, si l’œuvre source est anglaise, le titre conserve sa forme originelle, en anglais, suivant le même principe. Pour ne pas compliquer davantage la situation, l’italien a été choisi comme langage primaire de la fiche, car la plupart des sources étaient italiennes. Néanmoins, lors de la mise en ligne de la base de données, le problème de la langue à utiliser pour atteindre un public plus large va se présenter. L’éventuelle adoption de la version anglaise du logiciel CDS/ISIS introduirait une complexité supplémentaire, qui nécessiterait d’être exposée clairement dans la présentation en ligne : l’anglais deviendrait à la fois la langue d’interrogation de la base de données et un élément d’identification des éléments d’information originaux, à savoir les titres d’origine anglaise (qui ne sont pas très nombreux) ; le français indiquerait les éléments d’origine française, c’est-à-dire les pièces traduites ; l’italien resterait la langue dominante, dans laquelle seraient présentées les citations tirées des sources anciennes, les traductions italiennes des pièces étrangères, ainsi que les titres des spectacles donnés dans les théâtres italiens.

Une base de données pour le théâtre « à lire » et pour le théâtre « à voir »

L’un des problèmes majeurs auxquels nous étions confrontés, pendant la phase préparatoire de la réalisation du répertoire, a été la diversité des sources. Il y a eu deux types fondamentaux de sources à prendre en considération :

  • a) les publications d’œuvres théâtrales du XVIIIe siècle (les pièces françaises et leurs traductions italiennes) ;
  • b) les informations d’origines diverses sur les représentations théâtrales du XVIIIe siècle.

La nature de ce matériau a généré plusieurs problèmes ; pour les résoudre, nous avons créé deux types de fiche.

1. Fiche pour les publications des œuvres théâtrales du XVIIIe siècle

• FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL
  L’Amor filiale [Pubblicazione a stampa] : Dramma in cinque atti in versi / Fénouillot de Falbaire de Quincey, Charles-Georges. - Venezia : Savioni, 1774. - (Composizioni teatrali moderne tradotte da Elisabetta Caminer Turra. 1774, t. 4, vol. 2)
Cfr. Santangelo-Vinti 1981~; ristampa della edizione Colombani 1772.
{mfn 000251}
¦ Int. sec.: Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore.
Sogg.: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni italiane. Dramma.

Cette fiche, relative à une des traductions de l’Honnête criminel, se compose de plusieurs sections que nous allons analyser en détail.

Première section : auteur et titre principal

• FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL

L’auteur et le titre de l’œuvre française sont mis en évidence dans la première ligne : ceci permet de faire ressortir au moment de l’interrogation de la base de données toutes les traductions de la même œuvre, ainsi que les traductions de l’œuvre complète de chaque auteur ; le nom de l’auteur et le titre d’origine forment le lien entre toutes les traductions d’une œuvre, qui vont constituer ainsi un groupe homogène même lorsqu’il s’agit de textes avec des titres différents et des traducteurs différents.

Si le nom de l’auteur n’apparaît pas dans la source de référence, il est indiqué entre crochets carrés, ainsi que le titre d’origine de la pièce. De manière générale, tout ce qui est restitué entre crochets carrés n’est pas contenu dans la source primaire de l’information : c’est le résultat du travail de recherche, qui vise à identifier l’œuvre et son contexte. Pour la même raison, nous avons choisi d’insérer les dates de naissance et de mort des auteurs et des traducteurs.

Deuxième section : informations bibliographiques

L’Amor filiale [Pubblicazione a stampa]~: Dramma in cinque atti in versi / Fénouillot de Falbaire de Quincey, Charles-Georges. - Venezia~: Savioni, 1774. - (Composizioni teatrali moderne tradotte da Elisabetta Caminer Turra. 1774, t.4, vol.2)

Cette section contient les informations bibliographiques habituelles. Si l’œuvre fait partie d’une collection, nous avons également indiqué les références bibliographiques de la collection, avec le nombre total des tomes et des volumes, ainsi que la période couverte par la publication lorsqu’elle ne correspond pas à celle de l’œuvre d’origine.

Troisième section : notes

Cfr. Santangelo-Vinti 1981~; ristampa della edizione Colombani~1772.

L’annotation « Cfr. Santangelo-Vinti 1981 » indique la source principale des informations (sous une forme abrégée, renvoyant à l’inventaire des sources utilisées). Dans ce cas, il s’agit de l’étude de Giovanni Saverio Santangelo et Claudio Vinti, l’une des deux seules études bibliographiques modernes sur le sujet. L’exactitude des sources de référence a été contrôlée le plus soigneusement possible, grâce à la comparaison avec les catalogues des différentes bibliothèques fréquentées pour cette recherche ; cela a permis de signaler plusieurs erreurs et imprécisions. Cette même section peut contenir aussi de brefs commentaires sur les sources, les éditions, etc.

Quatrième section : numéro d’identification

{mfn 000251}

Cette section fournit entre parenthèses le numéro de la fiche électronique qui contient les informations. Cette indication sert à vérifier les données sur la fiche électronique pour d’éventuelles corrections ou comparaisons. Diffuser l’identifiant interne de la base de données permet aussi à d’autres utilisateurs d’y faire référence.

Cinquième section : responsabilités secondaires

¦ Int. sec.~: Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore.

L’intitulé abrégé « Int. sec. » (Intestazione secondaria) font référence aux différents contributeurs qui, outre l’auteur, ont eu un rôle significatif dans la production artistique, notamment les traducteurs, essentiels pour cette étude, mais aussi certains éditeurs importants ou d’autres personnalités connues de la vie culturelle et théâtrale du XVIIIe siècle.

Sixième section : sujets

Sogg.~: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni italiane. Dramma.  

Nous avons traité notre base de données comme s’il s’agissait d’un catalogue de bibliothèque. L’indexation « sujet » résulte de l’analyse du document et permet ainsi de retrouver dans un catalogue tous les documents qui traitent d’un sujet donné, quel que soit le support. Ainsi, l’utilisation de ce langage normalisé nous a permis de créer d’autres liens cohérents entre les différents types de fiches. Ceci est utilisable en phase d’interrogation et donne d’autres possibilités de recherche.

2. Fiche pour les informations sur les représentations théâtrales du XVIIIe siècle

• [FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL]
  L'Amor filiale, o sia la colpa apparente [Rappresentazione teatrale] : Nuova commedia tradotta dal Francese. - Venezia : Teatro S. Luca, carnevale, 4 gennaio 1769
Cfr. Ms. Gradenigo Dolfin (quaderno n°21).
{mfn 000595}
¦ Int. sec.: 1; [Lapy, Giuseppe. Capocomico della Compagnia del S. Luca]. 2; [Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore].
Sogg.:1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni. Commedia. 4. Rappresentazioni teatrali.

• [FENOUILLOT DE FALBAIRE DE QUINCEY, Charles-Georges, (1727-1800) L’HONNETE CRIMINEL OU L’AMOUR FILIAL]
  Amor filiale [Rappresentazione teatrale]. – Venezia : Teatro S. Salvatore (S. Luca), carnevale 1768 - 1769
Cfr. Ms. Squarzo Vendramin: novità, 9 recite.
{mfn 001861}
¦ Int. sec.: 1; [Lapy, Giuseppe. Capocomico della Compagnia del S. Luca]. 2; [Caminer Turra, Elisabetta, (1751-1796). Traduttore].
Sogg.: 1. Teatro francese. 2. XVIII s. 3. Traduzioni. Commedia. 4. Rappresentazioni teatrali.

Dans ce cas particulier, ce sont deux fiches qui nous donnent des informations sur une même mise en scène, à partir de deux sources manuscrites, celle des chroniques du Gradenigo et celle du registre du théâtre de San Luca.

Première section : auteur et titre principal
Nous avons toujours utilisé la première section pour l’identification de l’auteur et du titre d’origine. Ces informations sont très utiles non seulement pour les mises en scène d’œuvres traduites, mais aussi pour celles d’œuvres d’auteurs italiens, car il arrive souvent que la source ancienne nous donne un titre isolé, sans référence à l’auteur, et parfois sous une forme différente ou abrégée [9]. De ce fait, compte tenu de la difficulté que comporte le repérage des informations sur les représentations théâtrales, nous avons inséré aussi bien les données relatives aux pièces originales italiennes que celles concernant les pièces traduites ; et ce d’autant plus qu’il peut arriver de découvrir une traduction cachée derrière une pièce présentée par la source comme d’origine italienne. Les crochets carrés indiquent toujours que l’information n’apparaît pas dans la source d’origine, mais qu’il s’agit d’une reconstitution ; ce travail de recherche est commenté dans la ligne des notes lorsqu’il s’appuie sur des documents rares ou qu’il a été particulièrement complexe.

Deuxième section : informations sur la pièce
C’est la section qui diffère de manière essentielle entre les deux types de fiche :

L'Amor filiale, o sia la colpa apparente [Rappresentazione teatrale] : Nuova commedia tradotta dal Francese. - Venezia~: Teatro S. Luca, carnevale, 4 gennaio 1769

La première différence entre la fiche des œuvres imprimées et celle des représentations théâtrales, qui permet de distinguer ces deux types de données en phase d’interrogation, est la notation présente après le titre : [Rappresentazione teatrale]. Il s’agit d’un champ particulier de TECA qui peut être utilisé pour indiquer le type générique du matériau décrit, « designazione generica del materiale » (ainsi, il peut y figurer, par exemple, l’information que les données en question font référence à un film). Il a donc été possible de réunir sur ce deuxième type de fiches les informations concernant les représentations théâtrales. Par conséquent, en faisant une recherche par auteur, par titre, par lieu ou par année, l’utilisateur obtient les publications, ainsi que les représentations, et il est toujours possible d’établir une distinction entre ces deux types de données.

En deuxième lieu, comme les sources anciennes sur les représentations théâtrales contiennent parfois des annotations qui semblent reposer sur les notices de présentation des compagnies (du type : nuova commedia tradotta, commedia novissima, nuova e mai più rappresentata commedia, nuova rappresentazione, etc.), nous avons également intégré ces informations. À un premier niveau de lecture, on peut donc identifier, le cas échéant, le genre de la pièce, suivant le point de vue des comédiens, et déterminer s’il s’agissait d’une nouvelle représentation ou pas. Ces précisions permettent de mieux saisir la présentation et la réception de la pièce. À travers la citation du titre et du genre, les compagnies appliquaient des politiques de marketing essentielles pour la réussite scénique du spectacle. La vérification de ces assertions « publicitaires » établit un lien vers le deuxième niveau de recherche, celui où le croisement des données informatisées permet de s’interroger sur les raisons d’éventuels mensonges ainsi découverts.

Ensuite, on trouve des informations sur les lieux et les temps de la représentation : le nom de la ville, celui du théâtre et la date, lorsqu’il a été possible de la déterminer.

Troisième section : notes
Comme pour la fiche des œuvres publiées, dans la ligne qui suit, nous retrouvons la source principale des informations ainsi que les sources secondaires utilisées pour insérer d’autres informations importantes. À ce sujet, nous avons fait la distinction entre deux cas possibles : pour les attributions soutenues par plusieurs sources différentes ou par une source sûre, le nom de l’auteur, éventuellement avec le titre d’origine, se trouve en tête de la fiche ; pour les identifications moins sûres, les hypothèses restent confinées dans la ligne des notes. Dans ce même lieu trouvent place les données sur le nombre de représentations, c’est-à-dire sur le succès de la pièce.

Les trois dernières sections sont les mêmes que dans la fiche des œuvres publiées.

Utilité d’une base de données pour l’étude des traductions théâtrales et du théâtre vénitien

Si la création d’une base de données requiert un investissement non négligeable en temps et en énergie, elle offre ensuite de très intéressantes possibilités, à plusieurs niveaux.

En ce qui concerne notre étude, TECA-Théâtrale nous a permis de saisir et de quantifier les données, de les croiser et de les organiser en groupes homogènes selon différents critères : ainsi, nous avons pu voir la préférence donnée par les compagnies vénitiennes à certains auteurs et traducteurs plutôt qu’à d’autres, selon les périodes, et même voir qu’un auteur comme Voltaire eut un énorme succès éditorial, mais un succès bien plus mitigé sur la scène.

TECA-Théâtrale donne des résultats complets et fiables, mais toujours perfectibles. Par exemple, avec l’évolution des recherches, nous avons ajouté à la base de données de nouvelles informations qui, confrontées avec les données que nous avions déjà, nous ont permis de reconnaître d’autres pièces, d’identifier d’autres auteurs ou traducteurs. Grâce au système d’interrogation, nous avons pu découvrir et corriger des erreurs de transcription et des incohérences dans l’ensemble des références. Les informations insérées dans cette base dérivent de sources éditées qui sont désormais rares, et de sources manuscrites uniques, d’accès encore plus difficile : TECA-Théâtrale peut rendre ces données accessibles au plus grand nombre, permettre de les étudier dans leur ensemble, de façon rapide et précise, selon la sélection opérée sur la base de données en phase d’interrogation. Il s’agit bien évidemment de possibilités inaccessibles avec des notes manuscrites, ou des comparaisons à vue.

Au-delà de l’histoire du théâtre : possibilités de généralisation de l’approche

L’expérience de ce travail montre l’utilité d’une base de données pour des recherches pluridisciplinaires : la même approche pourrait être appliquée aux études des rapports entre littérature et cinéma ou à tout autre sujet de recherche.

Dans ce chapitre, nous avons décrit les moments essentiels de cette démarche : établir d’abord les questions auxquelles l’on souhaite répondre, puis trouver le meilleur outil pour construire la structure de la base de données, qui déterminera sa cohérence et son unité. Pour TECA-Théâtrale, cette unité élémentaire est l’« individu » édition d’un côté et représentation théâtrale de l’autre, les deux fiches qui se trouvent à la base du système ; pour une éventuelle recherche entre littérature et cinéma, il pourrait s’agir de fonder la base de données sur les éditions et les adaptations filmiques. L’important est de choisir une unité qui est idéalement unique à l’intérieur du système, de manière à éviter la redondance des données et donc des résultats moins pertinents en phase d’interrogation.

Giari Sich Luisa (2017). “La création d’une base de données théâtrales”, in Cavalié Étienne, Clavert Frédéric, Legendre Olivier, Martin Dana (édité par), Expérimenter les humanités numériques. Des outils individuels aux projets collectifs, collection « Parcours numériques », Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, ISBN: 978-2-7606-3802-0 (http://www.parcoursnumeriques-pum.ca/la-creation-d-une-base-de-donnees-theat (...)), RIS, BibTeX.

Dernière mise à jour : 29 septembre 2017
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Sommaire
Notes additionnelles

[1Luisa Giari, La diffusion du théâtre français en traduction à Venise pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle : Étude statistique et littéraire, thèse en cotutelle (Paris 8 - Pise), sous la responsabilité de Françoise Decroisette, 2008.

[2Le responsable des contenus de ce chapitre est l’auteur, Luisa Giari. Néanmoins, le projet n’aurait jamais pu se concrétiser sans la contribution de Gabriella Pardelli et Alessandro Enea, du Centre national des recherches (CNR) de Pise (Italie).

[6Microsoft Developer Network, « Normalisation des données », Visual Studio .NET 2003.

[8Dans le langage de CDS/ISIS, le « $ » à la fin d’un mot est le caractère de troncature. Il peut donc y avoir une ou plusieurs lettres après ce symbole. Quand on demande les occurrences de « amor$ », le programme va chercher la présence des termes « amor », « amore », « amori », « amorevole », etc.

[9Dans le Squarzo, par exemple, on trouve souvent les titres abrégés en un ou deux mots : Dissoluto indique la tragicomédie de Goldoni, Don Giovanni Tenorio, o il Dissoluto ; Indifferente indique une autre comédie de Goldoni, L’Apatista, également présentée à l’époque sous le titre L’Apatista o sia l’Uomo indifferente.

Contenus additionnels : 1 contenus

  • Bibliographie de « La création d’une base de données théâtrales »

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