Virus, parasites et ordinateurs Le troisième hémisphère du cerveau
  • Ollivier Dyens
Chapitre 3

La sculpture du nouvel humain

    L’image du nouvel humain que nous dessine le troisième hémisphère se fonde donc sur les deux propositions suivantes :

    • il y a intelligence, mais elle agit en deçà de notre conscience ;
    • il y a vouloir, mais il n’appartient pas à l’humain.

    Il s’agit, sans aucun doute, d’affirmations violentes qui remettent profondément en question non seulement la modélisation que nous avons de l’humain, mais aussi les fondations mêmes de son état. Comment puis-je avancer de telles propositions ?

    Examinons ce que nous considérons comme l’incarnation par excellence du libre arbitre : notre capacité d’aimer, de ressentir de la tendresse, de faire preuve de douceur.

    Tendresse, amour et douceur transcendent, croyons-nous, les mécanismes et les systèmes qui nous habitent, et dépassent, proclamons-nous avec force, les simples besoins physiologiques. Certes, admettons-nous, nous pouvons être guidés par nos besoins physiologiques ; certes, nous agissons parfois comme des animaux en rut. Mais tout comme les changements et mutations caractériels existent en périphérie de la personnalité propre et centrale (croyons-nous), le désir animal, suggérons-nous, est accidentel, souvent anecdotique. Nous sommes des êtres complexes, capables d’émotions fines, parfaitement responsables de nos actions ou émotions. Pour le meilleur ou pour le pire, nous nous pensons mammifères maîtres de cette complexité émotive que nous nommons amour. Mais cela est un leurre.

    Nous l’avons vu précédemment : nous ressentons des émotions complexes parce que notre corps subit des stress environnementaux et découvre des stratégies de survie qu’il se doit d’inclure dans son fonctionnement physiologique. Le troisième hémisphère suggère qu’il en est de même de l’amour, de la douceur et de la tendresse, mécanismes de survie d’une grande efficacité, qui assurent une propagation active du continuum, et qui se voient donc très fortement inscrits en nous.

    Mais comment peut-on remettre en question la beauté et la richesse extraordinaires de l’amour et des productions artistiques (presque toutes associées au phénomène amoureux) ? Comment peut-on remettre en question l’amour d’une mère pour son enfant, le sacrifice d’un père pour sauver son fils, le fabuleux mélange de tendresse et de mélancolie que le fait d’aimer provoque ? Comment peut-on ranger passion, douceur et gentillesse dans le camp des mécanismes ?

    Posons d’abord comme prémisse que le fait de ne pas être en contrôle de ce que nous ressentons, éprouvons, voyons et même produisons ne nie pas la capacité d’en éprouver du plaisir, de l’allégresse, de la mélancolie et de la transcendance (et que le fait de l’être n’est pas non plus signe de libre arbitre ; plusieurs mammifères et ovipares possèdent de nombreux mécanismes de contrôle de leurs émotions qui n’ont d’autres buts que la survie [1]). Que nos systèmes réagissent de façon automatique à ce que nous croyons être des émotions exceptionnelles et que ces mêmes systèmes nous baignent dans des océans chimiques pour les apprécier ne remet pas en question la valeur de celles-ci. Le libre arbitre n’est pas un principe suprême ou absolu. Il n’est pas la clé de la légitimité. Personne ne remet en question l’automatisme de plusieurs de nos réactions physiques : cela ne nous empêche pas d’en apprécier l’efficacité et la nécessité.

    Réinventer le fait humain ne veut pas dire nier ce que nous ressentons, ce que nous éprouvons. Amour, tendresse, intelligence et conscience existent, cela ne fait aucun doute. De très nombreux animaux en font d’ailleurs régulièrement la preuve. C’est la propriété exclusivement humaine de ces sentiments que je remets en question. Si, justement, nombre d’animaux semblent ressentir des émotions et même de l’amour, si les exemples d’empathie chez les animaux sont courants, si certains exemples documentés montrent des gestes d’un altruisme inattendu, et parfois même dangereux, entre animaux, que pouvons-nous alors dire sur le libre arbitre, la conscience, le moi, sur ces phénomènes que nous croyons responsables de ces gestes [2] ? Si des animaux font preuve d’empathie, soit les voilà pourvus d’une capacité de libre arbitre qui est similaire à la nôtre, soit nous voilà contrôlés, comme eux, par de surprenants mécanismes de réaction, d’empathie et de production de sentiments.

    Le fait de ne pas considérer l’humain comme seul producteur de sentiments complexes ouvre la porte à une multiplication et une distribution de ces sentiments dans l’ensemble du fait vivant. Nous ne sommes pas plus responsables de nos sentiments les plus nobles que nous le sommes de nos instincts et réflexes de survie, mais cela ne remet pas en question la réalité et la présence de ces sentiments ; bien au contraire. Si nos sentiments majestueux s’avèrent réflexes et instincts de survie, alors leur présence dans le monde animal semble plus que probable. Si cette hypothèse suggère une perte de contrôle de ces sentiments, elle propose, en revanche, leur présence dans l’ensemble de l’écosystème.

    Car voilà le côté étonnant de la réinvention de l’humain que nous propose le troisième hémisphère. Si l’intelligence humaine n’est qu’un mécanisme, si les sentiments complexes que nous ressentons ne sont que des stratégies de survie, si la conscience n’est qu’une façon de disséminer ces stratégies, si la stigmergie fonde notre être, si les microbes façonnent notre comportement, si, en fait, l’humanité n’est qu’un ensemble de réactions complexes mais automatiques aux impératifs de la survie, alors il est tout à fait logique de penser que cela est aussi le cas de l’ensemble du monde animal.

    Nous l’avons vu : le cerveau est un mécanisme distribué. Rien ni « personne » ne le contrôle. Nos sentiments, réactions et décisions sont le résultat du microbiome. De cet ensemble actif mais dispersé émergent une série d’actions, dont les émotions, qui nous semblent uniques et précises, mais qui ne sont que les tactiques utilisées par l’ensemble physiologique, rassemblées dans l’enchevêtrement du cerveau, afin de survivre.

    Comment alors ne pas remettre en question le phénomène amoureux ?

    L’argument de fond reste le même : le cerveau est incarné. Il n’est autre qu’un organe. Il baigne, comme celui de tous les animaux complexes, dans les microcosmes qui le forment et ne peut agir sur le monde qu’en en recevant des données (incomplètes, spécifiques à ses besoins, interprétées, mais données néanmoins [3]). Le cerveau ne peut dépasser son essence matérielle et organique.

    Le cerveau ne cherche qu’une chose : augmenter ses chances de survie. Tout comme le foie filtre le sang afin de garantir l’équilibre chimique du corps, tout comme les anticorps protègent l’individu afin de lui permettre d’atteindre l’âge nécessaire à la reproduction, ainsi le cerveau n’interprète le monde et n’agit sur lui qu’en cherchant à maximiser les chances de survie et de reproduction de l’entité (multiple) qu’il gère [4].

    Pourtant, souligneront les opposants à ces propos, nous « savons » que l’amour est bien plus qu’un simple phénomène de maximisation des chances de survie, nous « ressentons » que l’amour transcende la matière et les impératifs organiques. L’amour, argumenteront nombre d’entre eux, est l’exemple parfait du libre arbitre, de la dimension particulière et unique de l’humanité.

    Sur quelle base nous posons-nous pour affirmer une telle chose ?

    Le fait que nous « savons » et que nous « ressentons » en est probablement la moins efficace et la moins sûre. Ainsi que je l’ai expliqué dans La condition inhumaine, une lecture du monde fondée sur nos sens est pour le moins risquée. Nous « savons » ainsi que le soleil tourne autour de la terre, que des objets extrêmement lourds ne peuvent ni voler ni flotter, que nous tombons malades en raison d’humeurs qui nous attaquent. Nous « savons » que plus un objet est lourd, plus il augmente sa vélocité et que la terre est au centre de l’univers. Nous « savons » tout cela car notre biologie nous le présente de façon claire et absolue. Il en est de même de l’amour.

    Ainsi que nous l’avons suggéré plus tôt, les sentiments exceptionnels que nous ressentons (amour, tendresse, mélancolie, haine, allégresse) sont le produit de réactions chimiques prévisibles qui peuvent être provoquées de façon artificielle (comme les expériences de Michael Persinger sur le sentiment épiphanique l’ont prouvé [5]). Nous nous sentons heureux car certaines substances sont sécrétées par le système endocrinien. Nous ressentons l’amour, nous faisons l’expérience du désespoir, de sa perte potentielle, car nous baignons dans des marées d’hormones (dont l’estrogène, l’ocytocine et la vasopressine [6]). Nous sommes obsédés par la sécurité de nos enfants car il s’agit de notre progéniture génétique [7]. Nous vivons la passion amoureuse pendant le temps nécessaire à la reproduction. Même des sentiments qui ne semblent avoir aucun lien avec la survie, telle l’empathie, accroissent généralement les chances de survie du patrimoine génétique.

    Nous vivons la passion car nous obéissons à des impératifs biologiques [8]. Nous recevons des signaux chimiques des êtres en rut, sommes attisés par les signes de fertilité ou d’immunité qu’ils produisent, et nous nous voyons alors manipulés par nos mécanismes biologiques pour nous inciter à l’action [9].

    L’amour complexe, l’amour représenté, l’amour exprimé par le langage ne sont, en fait, que le module interprète érigeant une narration autour de nos réactions chimiques et biologiques. La poésie n’est autre que la justification, par la conscience, des phénomènes chimiques qui transforment le corps et que celle-ci ne peut contrôler. Il en est de même de la peinture, du théâtre, du cinéma, de la danse : tous autant de tentatives de tisser une narration autour des mécanismes physiologiques sexuels qui nous mènent.

    Plusieurs qualifieront ces propos d’horriblement réducteurs et argumenteront que la faculté d’aimer au-delà de la reproduction sexuée est une des sources les plus importantes de ce que nous considérons comme notre ontologie. Pour un nombre important de chercheurs, de philosophes et d’artistes, conscience et amour seraient en fait si enchevêtrés qu’il s’avère difficile de les distinguer. Nous sommes conscients, suggèrent nombre de penseurs, car nous aimons, éprouvons de la tendresse et sommes capables de représenter ces phénomènes. Nous sommes conscients car nous éprouvons de l’amour pour des êtres, des objets, des animaux au-delà de nos simples besoins de survie. Nous pouvons aimer un animal, un pays, une culture, un paysage ; cette faculté s’avérerait, pour de très nombreux penseurs, une des preuves les plus importantes de la présence de notre conscience, de la manifestation de notre libre arbitre.

    Mais posons-nous la question suivante : à quel moment l’instinct sexuel devient-il amour ? À quel moment le désir animal devient-il tendresse ? À quel moment les mouvements hormonaux et chimiques qui me rendent sexuellement actif, sexuellement intéressé et intéressant, se transforment-ils en gestes romantiques ? À quel moment le goût de quelque chose dépasse-t-il les simples besoins de survie ? Il est, bien sûr, impossible de répondre à ces questions pour la bonne et simple raison que ce passage de la sexualité à l’amour ne s’opère jamais. C’est notre conscience qui tisse une raison à notre sexualité et l’habille de sentiments. C’est notre conscience qui ne peut ni comprendre ni contrôler les mouvements sexuels du corps et qui tente donc de se les approprier.

    Si amour et conscience se ressemblent, c’est qu’ils opèrent de façon critique et similaire sur nos stratégies de survie. J’aime car je peux alors me reproduire et permettre à ma progéniture de subsister. J’éprouve des sentiments amoureux qui dépassent la simple nécessité de la reproduction, car je vois alors inscrites en moi des stratégies de survie efficaces qui propagent, dans le groupe, des comportements évolutionnistes utiles (aimer un parent, un ami, un animal, un paysage, une culture permet, entre autres, l’accroissement de la taille du groupe par la diffusion du sentiment empathique, la propagation d’informations et l’acquisition de nouvelles stratégies de conservation [10]).

    Nous croire conscients car nous aimons, car nous pensons être capables de donner vie à des sentiments qui transcendent ce que la biologie nous ordonne, est un leurre. Nous aimons et en sommes conscients car il s’agit là de dynamiques efficaces de reproduction du continuum. L’amour, comme la conscience, opère après coup. Nous aimons après que notre corps a réagi aux indices variés de qualité reproductive de la personne qui nous fait face. Nous aimons car notre corps répond à des impératifs chimiques déclenchés par les microcosmes qui nous habitent. Nous aimons parce que nos corps ont besoin de se reproduire. L’amour, même dans ses expressions les plus fortes, les plus subtiles et complexes, n’est que le module interprète qui réagit après coup à l’expression de besoins physiologiques.

    Le phénomène homosexuel est souvent mis en avant pour tenter de démontrer que le sentiment amoureux dépasse de beaucoup les simples besoins physiologiques (puisque l’homosexualité ne semble avoir aucune utilité évolutionniste). Des études récentes montrent qu’il n’en est rien : un nombre étonnant d’animaux entretiennent des relations homosexuelles. L’homosexualité, cela ne fait plus aucun doute, est donc répandue dans le monde animal. Pourquoi ? Deux hypothèses ont été émises. La première concerne l’activation du système sexuel : dans les regroupements animaux, l’activité sexuelle est souvent restreinte par la hiérarchie du groupe. Ces restrictions ont tendance à atrophier le mécanisme sexuel (perte de libido) et appauvrir ainsi la diversité génétique. L’homosexualité, non soumise aux hiérarchies des groupes et des meutes, contourne ce problème. La deuxième hypothèse se fonde sur les études faites sur les bonobos et propose que les jeux sexuels, dont l’homosexualité est un des meilleurs exemples, permettent de désamorcer de nombreuses situations violentes. Le jeu sexuel permet au groupe de conserver une harmonie importante à la survie de tous ses membres.

    L’analyse des couples en est d’ailleurs un exemple intéressant : nous tombons amoureux avec ceux qui possèdent le même niveau de qualités reproductives. Tomber amoureux est un simple mécanisme physiologique qui soupèse mes qualités reproductives et les compare à celles du partenaire que je désire. Nous nous marions, nous vivons et vieillissons avec ceux qui nous ressemblent car nous présentons des similitudes physiologiques. Je ne peux vivre qu’avec une personne qui possède des qualités et tares reproductives similaires aux miennes.

    Certains opposeront à ce propos le phénomène de l’amour vieillissant. Comment appliquer les propos précédents aux couples qui vivent ensemble bien au-delà des besoins ou même de l’âge reproductifs ? Le fait de vivre ensemble au-delà des impulsions sexuelles ne remet pas en question que la survie soit un facteur déterminant. La reproduction cherche la dissémination. Pour que celle-ci existe, pour qu’elle se distribue non seulement dans l’ensemble du groupe, mais aussi à l’extérieur de celui-ci, des structures de survie doivent être mises en place. Ces structures, nous le voyons chez les animaux grégaires, sont toujours fondées sur la sécurité du groupe et de ses unités. Nous aimons afin de nous reproduire, mais pour ce faire nous avons besoin de sécurité. La sécurité est un aspect essentiel de la reproduction. Certes, les couples âgés ne sont plus en mesure de se reproduire. Mais la sécurité qu’ils octroient au groupe immédiat en déchargeant les parents de certaines responsabilités familiales et au groupe plus large en y insérant sagesse, calme et responsabilité augmente les chances de survie de tous ceux qui les entourent [11].

    L’amour est un mécanisme [12], cela ne fait aucun doute. Alors que nous croyons répondre à un élan extraordinaire et souvent spirituel, nous réagissons à des automatismes physiques et biologiques indépendants de notre conscience [13].

    Ce que nous considérons comme les qualités les plus extraordinaires de l’humain ne seraient donc que des automatismes ? La tendresse, la gentillesse, la douceur, l’empathie, la pitié, la capacité de s’émouvoir et de s’éblouir ne seraient que des inventions de notre cerveau pour répondre à des réflexes de survie ?

    Il est important ici de tenter de distinguer entre ce qui est et ce que nous aimerions que cela soit. Le fait de concevoir l’amour et ses corollaires comme des automatismes nous répugne-t-il parce que cela simplifie outrageusement la complexité de l’expérience du vivant ou parce que cela change trop radicalement notre perception de l’humain ? Il n’est pas facile de répondre à cette question qui est au cœur de ce texte. Sommes-nous uniquement des automatismes qui ne peuvent accepter leur état car le module d’interprétation du cerveau les en empêche ? Ou sommes-nous des êtres autonomes, intelligents, conscients, capables de gestes extraordinaires ?

    Personne ne nie qu’à la base nous ne sommes que mécanismes biologiques. Mais qu’en est-il de nos agissements supérieurs, complexes, imprévisibles ? Les gestes d’amour que nous posons, les œuvres d’art que nous produisons, les contemplations que nous avons peuvent-ils tous être expliqués par la structure automatique et biologique qui est la nôtre ?

    Oui et non. Nous l’avons souligné : les gestes étonnants que nous posons sont, à la source et à l’origine, déclenchés par les automatismes biologiques qui nous forment. Nous faisons des œuvres d’art, nous caressons un être aimé, nous cherchons la beauté et le sublime, nous faisons preuve de tendresse et d’empathie car nous sommes, au départ, des mécanismes qui tendent vers un but unique : survivre afin de se multiplier et de permettre la dissémination dans le temps et l’espace du continuum. Nous agissons comme le font les êtres les plus primitifs, bactéries, virus, parasites, insectes, afin de maximiser notre survie et notre reproduction. Tous nos gestes sont, à la base, entraînés par ce besoin.

    L’imprécision et l’incertitude fondamentales au cœur du monde physique (l’impossibilité de mesurer parfaitement ce qui nous entoure) ne remettent aucunement cela en question, nous l’avons vu. Les systèmes météorologiques sont des phénomènes chaotiques qu’il est impossible de prévoir parfaitement. Ils n’en sont pas moins mécaniques et déterminés. Une machine peut s’avérer d’une complexité extraordinaire, elle n’échappe pas pour autant à sa condition.

    Nombre de systèmes complexes peuvent aussi se transformer radicalement après avoir atteint un certain seuil de complexité. Plusieurs comportements et caractéristiques qui nous paraissent surprenants, parfois même extraordinaires, sont le résultat de la complexification extrême des systèmes et de leur subite transformation. De façon plus simple, le tout peut acquérir des propriétés qui transcendent la somme des unités qui le forment. Ce phénomène, que l’on nomme « émergence » et qui offre au vivant et au réel la capacité d’acquérir des particularités nouvelles, est parfaitement mécanique (notons d’ailleurs que l’émergence est une propriété physique au même titre que la vélocité ou la gravité).

    La murmuration est un bon exemple d’émergence puisque sa complexité n’appartient qu’à son ensemble. Une fourmilière ou une termitière en sont aussi de bons exemples puisque l’ensemble possède des propriétés qui dépassent de beaucoup ce que chaque insecte serait capable de faire individuellement. Le fourmillement (swarming) semble également guidé par l’émergence. L’émergence nous étonne car elle démontre que l’ensemble possède des caractéristiques qui lui sont propres [14] et qui ne peuvent être induites par l’examen des unités qui forment l’ensemble (plusieurs chercheurs proposent d’ailleurs de considérer la conscience et le langage comme les résultats d’une telle émergence [15]).

    En quoi l’émergence nous permet-elle d’avancer dans notre tentative de reconstruction de l’humain ?

    Posons le pied dans le camp des chercheurs qui voient le cerveau comme une dynamique sujette à l’émergence et proposons ce qui suit : être humain est faire preuve d’agissements qui dépassent la simple accumulation de microcosmes en nous (concept de l’émergence), mais qui en sont aussi parfaitement dépendants [16] (puisque l’émergence est un principe physique). Être humain veut dire que les gestes extraordinaires que je pose le sont car essentiellement automatiques. Nos actions, aussi déconcertantes qu’elles soient, seraient donc, en amont et en aval, des mécanismes. Il serait alors possible d’affirmer qu’amour, douceur, tendresse, empathie et mélancolie ne sont autres que des mécanismes mutés par d’autres mécanismes (l’émergence). Si des comportements étonnants voient le jour, c’est en raison d’une stratification et d’une complexification de mécanismes.

    Reprenons l’exemple des systèmes météorologiques. Les voici capables de mouvements, d’agissements, de transformations extraordinaires, parfois d’une grande beauté, imprévisibles et incertains. Les voici faisant preuve d’émergence. Les voici servant néanmoins les besoins de survie des écosystèmes. Imprévisibles, mais mécaniques. Imprévisibles, mais servant une fonction claire. Les voici donc comme nous.

    Les aléas, mouvements, systèmes et dynamiques de la circulation automobile en sont, eux aussi, un bon exemple. La circulation possède des caractéristiques (similaires à celles qui sous-tendent les mouvements des êtres vivants) qui transcendent littéralement l’ensemble des pièces qui forment les automobiles. Un piston ne peut suggérer l’apparition des dynamiques quasi vivantes de la circulation, mais il est et reste, même dans les flots de la circulation, un piston. Il en est de même du flot automobile : aussi proche du vivant qu’il puisse être, il n’en reste pas moins fait de pièces et d’unités mécaniques.

    La complexité n’est pas preuve de volonté, de conscience, de libre arbitre. Nous sommes des nuées de mécanismes primitifs biologiques. Nous sommes des vecteurs de survie de la seule véritable dynamique planétaire : celle de l’évolution (qui s’incarne dans la survie du continuum). Mais par l’accumulation des microcosmes en nous, nous faisons aussi preuve d’émergence. L’émergence permet l’apparition d’une complexité décuplée qui n’en est pas moins le produit du but originel : propager le continuum. Par l’émergence, nous restons mécaniques, mais devenons autres. Nous acquérons une dimension (des dimensions) nouvelle qui nous permet à la fois de transcender et de conserver notre état mécanique.

    Où veux-je en venir ? À la dimension humaine de l’humain. À ses gestes créatifs, éthiques, amoureux, légaux, sociologiques. Nous sommes, par l’émergence, capables de poser ces gestes. Nous atteignons, par l’émergence, des dimensions uniques qu’il est impossible de prévoir par réductionnisme et qui sont au cœur de ce que nous définissons comme l’humanité. Mais il est important de comprendre que ces dimensions existent et s’incarnent par l’émergence en raison du fait qu’elles sont, justement, des mécanismes. Si la circulation peut ressembler à une dynamique du vivant, il n’en reste pas moins qu’elle dépend toujours et continuellement des pistons, roues, tuyaux d’échappement et boulons qui forment chaque automobile.

    Voilà le paradoxe humain : être plus que ses mécanismes et ses automatismes, mais n’être aussi que ceux-ci ; produire des comportements complexes qui ne sont en amont que des automatismes et qui ne s’avèrent, en aval, que des stratégies de survie.

    L’amour, les comportements inattendus, les gestes artistiques existeraient, mais seraient néanmoins posés sur la base d’une structure mécanique. Ils ne se manifesteraient qu’a posteriori, ne servant que la survie. Nous sommes humains, complexes et étonnants, mais simplement de façon mécanique.

    Où en sommes-nous, alors, dans notre réflexion ? À l’impossibilité d’extraire l’humain, sa conscience et son intelligence des systèmes microscopiques et macroscopiques qui l’habitent. L’humain n’est possible que par le chevauchement et l’interaction continuels entre ces systèmes.

    Il faut donc ajouter un outil génétique à notre sculpture du nouvel humain. Cet outil se nomme épigénétique.

    L’épigénétique est une branche révolutionnaire de la génétique qui remet en cause les fondations mêmes de cette dernière. En fait, l’épigénétique suggère que les comportements peuvent avoir un effet direct sur le patrimoine génétique et être transmis d’une génération à l’autre. Ce qui a longtemps été considéré comme du lamarckisme semble s’avérer exact. Ce que nous faisons et ressentons a un impact sur ce que nous sommes génétiquement [17].

    Proposons ici un court résumé de ce qu’on entend par épigénétique.

    Le patrimoine génétique des êtres vivants est formé du génome et de l’épigénome. Le génome est l’ADN. Les marqueurs chimiques qui activent ou désactivent les gènes sont nommés épigénome. L’épigénome contrôle le taux d’activation des gènes.

    Les recherches récentes montrent la forte sensibilité de l’épigénome aux facteurs environnementaux ; en fait, le stress (physique, psychologique ou diététique) aurait une influence non négligeable sur le taux d’activation des gènes [18]. Qui plus est, alors que la majorité des traces épigénétiques des parents sont effacées lorsqu’il y a gestation, les plus récentes découvertes montrent la pérennité de certaines d’entre elles. Des changements épigénétiques dans le taux d’activation des gènes subsisteraient chez l’enfant et pourraient même être mesurés sur plusieurs générations. Un enfant est donc transformé physiquement par les stress que subissent ou ont subis ses parents.

    L’environnement social, culturel et psychologique produit ainsi une transformation génétique en nous. Si nous avons toujours su que ces environnements modifiaient notre état, nous croyions, depuis Watson et Crick, que cette influence ne pouvait traverser la barrière génétique. L’épigénétique remet âprement cette notion en question.

    Nous sommes non seulement écosystème, nous sommes historique des écosystèmes. En fait, le macrocosme (l’environnement) chevauche sans séparation claire les microcosmes (le génome et l’épigénome). L’épigénétique démontre que le comportement (et l’environnement bien sûr) produit des impacts génétiques majeurs qui auront, en retour, un effet non négligeable sur ce même comportement.

    Pourquoi aborder cette notion ? Parce qu’elle fait la démonstration de la boucle de rétroactions qui existe entre microcosmes et macrocosmes : mes virus, bactéries, parasites et cellules transforment mon ADN, ce même ADN qui leur donne naissance. Le comportement transforme le bagage génétique qui donne vie au comportement. Où veux-je en venir ? À l’idée que nous sommes les sculpteurs du patrimoine génétique qui nous donne naissance.

    L’épigénétique n’existe donc que par la stigmergie. Nous agissons sur ce qui nous donne vie, poussés par ce qui nous donne vie à le modifier. Nous dépendons du patrimoine génétique pour exister, ce même patrimoine que nous modifions en existant. La génétique et le vivant sont donc entrelacés dans une danse stigmergique. Elle donne naissance à ce qui lui donnera naissance. Mais elle subit alors, par la forme qu’elle a donnée à ses géniteurs, leurs influences et mutations continuelles.

    Si tel est le cas, alors où se lovent l’intelligence et la conscience ? Si stigmergie il y a au sein même de la structure génétique et épigénétique, alors comment peut-on allouer à l’humain l’exclusivité de l’intention ? Si les mécanismes biologiques nous poussent à modifier notre patrimoine épigénétique, alors combien de nos gestes et intentions sont-ils nôtres, indépendants et uniques ?

    Plus nous examinons ces phénomènes et moins la notion de l’être individuel et clairement autonome devient possible. Plus nous examinons ces phénomènes et plus apparaissent-ils comme existant dans une bande de Möbius, là où origine, finalité et frontières semblent impossibles à définir.

    Que nous permettent de voir ces esquisses inédites de l’homme et de la femme qui émergent de la glaise informatique et microbiotique ? Quel humain notre troisième hémisphère perçoit-il ? Un être qui n’est possible que dans une boucle de rétroactions immenses sur laquelle il possède un certain, mais très limité, contrôle ; un être dont l’action, l’émotion et le geste humains sont à la fois des mécanismes rigoureux et des systèmes impossibles à prévoir ; un être dont le patrimoine génétique est contrôlé par la contamination et la mutation, et qu’il peut modifier par ses comportements, eux-mêmes indépendants de sa volonté ; et surtout un être dont la voix intérieure qu’il entend et tient pour conscience est à la fois une narration a posteriori des mécanismes de son corps et une dynamique d’émergence.

    Le troisième hémisphère nous le confirme : la réinvention de l’humain doit être profonde et totale, car la modélisation de l’homme et de la femme ne peut se fonder que sur des paradoxes. Nous sommes ce que nous modifions et qui nous donne naissance.

    Dyens Ollivier (2015). “La sculpture du nouvel humain”, in Virus, parasites et ordinateurs, collection « Parcours Numériques », Les Presses de l’Université de Montréal, Montréal, p. 83-100, ISBN: 978-2-7606-3478-7 (http://www.parcoursnumeriques-pum.ca/la-sculpture-du-nouvel-humain), RIS, BibTeX.

    Dernière mise à jour : 15 mai 2015
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    Réalisé avec SPIP pour la Collection Parcours Numériques aux Editions PUM par Owell.co

    Sommaire
    Notes additionnelles

    [1« Many mammals and birds have systems for strong self-control, and it is not difficult to see why such systems were advantageous and were selected for. Biding your time, deferring gratification, staying still, foregoing sex for safety, and so forth, is essential in getting food, in surviving, and in successful reproduction. Suppression of impulses that would put you in danger is obviously an important neurobiological function. Studies on rats in Trevor Robbins lab in Cambridge show that many are capable of deferring gratification, of foregoing a small reward to wait for a big reward, of goal maintenance, and so forth. »
    Interview de Patricia Churchland par Richard Marshall, « Causal machines », 3:AM Magazine, 10 avril 2012.

    [2Inbal Ben-Ami Bartal et al., « Empathy and pro-social behavior in rats », Science Magazine, vol. 334, n° 6061, p. 1427-1430, 9 décembre 2011.

    [3Pourquoi le cerveau humain est-il si dominant ? Sa taille étonnante (1 330 centimètres cubes, cent milliards de neurones, 165 000 kilomètres de fibres nerveuses myélinisées) lui offre des avantages extraordinaire. Des recherches récentes montrent, par exemple, que l’accroissement de la distance entre les neurones permettrait une communication plus complexe entre ceux-ci. En fait, un cerveau plus grand peut produire des associations-libres, des analogies et des comparaisons car une quantité de neurones plus élevée permet une codification complexe des actions, déclenchant ainsi une mémorisation fine et créative.

    « Imaginons, explique L. Gabora, qu’un hominidé effleure un buisson épineux et que des épines pointues déchirent sa chair. Un australopithèque coderait cet épisode simplement — comme une douleur légère et une caractéristique identifiable de ce buisson. Mais Homo erectus, dont la population neuronale est plus importante, aurait sans doute codé de nombreux aspects de l’épisode, incluant les pointes aiguisées des épines et sa propre chair déchirée. Supposons alors que cet hominidé se mette à chasser. On peut imaginer que son besoin de tuer des proies aurait activé toutes les aires de la mémoire qui codent la chaire blessée, et ces pensées lui auraient rappelé sa rencontre avec les épines pointues. Cette association lui aurait inspiré une arme : une lance à l’extrémité très pointue. »
    Alexandra Veyrac, « À l’âge adulte, les neurones se renouvellent-ils ? », Pour la Science, n° 427, mai 2013, p. 27.

    [4« And evolutionarily speaking, there is seldom any mystery in why we seek the goals we seek — why, for example, people would rather make love with an attractive partner than get a slap on the belly with a wet fish. The things that become objects of desire are the kinds of things that led, on average, to enhanced odds of survival and reproduction in the environment in which we evolved : water, food, safety, sex, status, mastery over the environment, and the well-being of children, friends, and kin. »
    Steven Pinker, How the Mind Works, W.W. Norton & Company, 1999, p. 143.

    [5Jack Hitt, « This Is Your Brain on God », Wired, novembre 1999.

    [6« Love Is a Chemical Reaction, Scientists Find », PBS, 13 février 2009.

    « What people select as beautiful qualities primarily reflect signs of fertility brought on by hormonal changes. Until puberty the faces and body shapes of boys and girls are similar. The rise in estrogen in pubescent girls gives them fuller lips, while testosterone in boys produces a prominent chin, a larger nose, a fuller jaw. Estrogen causes the growth of the breasts and buttocks, while testosterone encourages the growth of muscles and broad shoulders. So for a female, full lips, full buttocks, and a narrow waist broadcast a clear message : I’m full of estrogen and fertile. For a male, it’s the full jaw, stubble, and broad chest. »
    David Eagleman, Incognito. The Secret Lives of the Brain, Penguin, 2012.

    [7« grief is the other side of love. And there may lie the answer. Perhaps grief is an internal doomsday machine, pointless once it goes off, useful only as a deterrent. What parents have not lain awake contemplating the horror of losing a child ? Or worried themselves sick with awful images when a child is late or lost ? These thoughts are powerful reminders to protect and cherish a loved one in the face of myriad other demands on one’s time and thoughts. »
    Steven Pinker, How the Mind Works, W.W. Norton & Company, 1999, p. 421.

    [8« Un visage symétrique, par exemple, est signe d’immunité. Une belle peau, des cheveux soyeux, des dents blanches sont tous signes de santé. Plus les seins sont volumineux, plus le corps possède d’hormones sexuelles (de l’œstrogène plus particulièrement), signe de fécondité. Mais l’œstrogène nuit à l’immunité. Une poitrine généreuse est ainsi le signe d’un corps fécond mais faible sur le plan immunitaire. Des seins volumineux et symétriques représentent donc un corps fécond et fort du point de vue immunitaire. Il en est de même pour le rapport taille/hanches, ces parties du corps subissant elles aussi l’action des hormones sexuelles. Le rapport que nous considérons généralement comme désirable (rapport de 0,7, c’est-à-dire que la mesure de la taille équivaut à 70 % de celle des hanches) est justement celui qui correspond au mélange d’hormones le plus efficace. »
    Ollivier Dyens, Chair et Métal, VLB Éditeur, 2000, p. 39.

    « Women with a ratio in this range (waist to hip ratio of 0.7) are not only judged by males as more attractive, but are also presumed to be more healthy, humourous, and intelligent. »
    David Eagleman, Incognito. The Secret Lives of the Brain, Penguin, 2012, p. 40 de 62.

    [9Voir :
    - Helena Cronin, « The evolution of evolution », Time, 1997, p. 68-73.

    - Karl Grammer, Bernhard Fink, Anders P. Møller, Randy Thornhill, « Darwinian aesthetics : sexual selection and the biology of beauty », Biological reviews of the Cambridge Philosophical Society, 2003.

    - « The biology of beauty », Newsweek, 1996.

    - « The evolution of beauty. Face the facts », The Economist, 16 novembre 2013.

    [10Nous l’avons vu plus tôt, nous aimons des lieux et des paysages, réels ou représentés, car ils s’avèrent posséder les caractéristiques nécessaires à notre survie (zones d’ombres pour se cacher, zones ouvertes pour voir les prédateurs, eau pour se désaltérer et pour attirer les proies). Quant aux animaux, rares sont ceux que nous aimons et qui ne sont, du moins historiquement, utiles à notre survie.

    [11Rachel Caspari, « The Evolution of Grandparents », Scientific American, août 2011.

    [12« More importantly, it drives home the point that the beauty of the maiden (or man) is neurally preordained. We have no conscious access to the programs. »
    David Eagleman, Incognito. The Secret Lives of the Brain, Penguin, 2012. p. 48 de 62.

    [13« investigators now suggest that a suite of chemicals emitted from our bodies subliminally sways potential partnerings. Smell, it seems, plays an underappreciated role in romance and other human affairs. "We’ve just started to understand that there is communication below the level of consciousness," says Bettina Pause, a psychologist at Heinrich Heine University of Düsseldorf (H.H.U.), who has been studying pheromones and human social olfaction for 15 years. "My guess is that a lot of our communication is influenced by chemosignals." »
    Adam Hadhazy, « Do Pheromones Play a Role in Our Sex Lives ? », Scientific American, 13 février 2012.

    L’amour crée dans le cerveau une dépendance aussi forte que les drogues : « "Intense passionate love uses the same system in the brain that gets activated when a person is addicted to drugs," said study co-author Arthur Aron, a psychologist at the State University. »
    « Love really is a drug, scientists find », The Telegraph, 14 février 2012.

    [14« "It’s not magic", the physicist Doyne Farmer once said about emergence, "but it feels like magic". Birds, atmospheric disturbances, and city dwellers self-organize, giving rise to flocks, hurricanes, and distinct neighborhoods. Such entirely new properties and behaviors "emerge", with no one directing and no one able to foresee the new characteristics from knowledge of the constituents alone. The whole is truly greater than the sum of its parts. »
    Peter Tyson, « Everyday Examples of Emergence », NOVA, 2007.

    [15James L. McClelland, « Emergence in Cognitive Science », Topics in Cognitive Science 2, 2010.

    « Consciousness is an emergent property. From moment to moment, different modules or systems compete for attention and the winner emerges as the neural system underlying that moment’s conscious experience. Our conscious experience is assembled on the fly, as our brains respond to constantly changing inputs, calculate potential courses of action, and execute responses like a streetwise kid. »
    Michael S. Gazzaniga, Who’s in Charge ? : Free Will and the Science of the Brain, Ecco, Harper Collins, 2011.

    « While each speaker merely tries to reach her or his own communicative goals, she or he uses language in a particular way. If enough speakers behave in that way, language is changed (Keller 1994). In a wider sense, the norms of a language, i.e. the linguistic conventions of its speech society, can be seen as a system emerging from long-time participation in communicative problem-solving in various social circumstances (Määttä 2000). »
    Cf. la section Language de l’article Wikipedia en anglais Emergence.

    [16« The overall idea is that we have a variety of hierarchical emerging systems erupting from the level of particle physics to atomic physics to chemistry to biochemistry, to cell biology to physiology emerging into mental processes. »
    Michael S. Gazzaniga, Who’s in Charge ? : Free Will and the Science of the Brain, Ecco, Harper Collins, 2011.

    [17Voir le site que l’Université de l’Utah a consacré à cette question :
    Learn.Genetics : What is epigenetics ?

    Ou l’émission Nova de PBS : Epigenetics, 2007 (la vidéo peut être indisponible selon la région depuis laquelle vous la consultez mais sa transcription intégrale est accessible à tous sur cette même page).

    [18« Plusieurs études épidémiologiques montrent que la malnutrition de la mère pendant la grossesse augmente le risque que l’enfant développe un diabète de type 2 à l’âge adulte. Cette augmentation du risque dépendrait aussi de l’alimentation du père avant la conception. Elle serait transmissible à travers les générations, fixée par des modifications épigénétiques des chromosomes. »
    Marine Cygler, « Le diabète de type 2 programmé avant la naissance », La Recherche, n° 463, avril 2012, p. 48.

    « Chez l’homme et l’animal, la nutrition semble jouer un rôle particulièrement important. Plusieurs études indiquent que la nature du régime alimentaire peut influencer le phénotype des descendants sur deux ou trois générations. »
    Entrevue avec Andràs Pàldi par Cécile Klingler, « L’hérédité ne passe pas seulement par l’ADN », La Recherche, n° 463, avril 2012, p. 40.

    « Des études sur les animaux ont ainsi montré que lorsqu’un rat éprouve du stress pendant la gestation, cela peut entraîner chez le fœtus des changements épigénétiques se traduisant par des problèmes comportementaux au cours de la croissance du rongeur. »
    Peter Miller, « A thing or two about twins », National Geographic, Hors-Série Sciences, n° 2, janvier 2012, p.33.

    Voir aussi :
    - Glenn Murphy, « Mother’s diet changes pups’ colour », Nature, 4 août 2003.

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    • Bibliographie du chapitre 3 - La sculpture du nouvel humain - de Virus, parasites et ordinateurs

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